La cavalière insaisissable Tradition médiévale
Sur le tertre de Gorsedd Arberth, réputé pour montrer à quiconque s'y assied soit une merveille, soit des coups, Pwyll voit apparaître une femme montée sur un cheval blanc, avançant à une allure paisible. Il envoie ses hommes la rattraper : plus ils galopent vite, plus elle semble s'éloigner sans que son cheval accélère jamais. Trois jours de suite, la scène se répète, jusqu'à ce que Pwyll lui-même l'interpelle — elle s'arrête aussitôt et se nomme : Rhiannon, fille de Hyfaidd Hen, venue de son plein gré pour échapper à un mariage qu'on lui impose et épouser Pwyll1.
L'accusation et la pénitence Tradition médiévale
Devenue reine de Dyfed, Rhiannon met au monde un fils qui disparaît la nuit même de sa naissance : les six femmes chargées de veiller sur l'enfant, craignant d'être punies pour leur négligence, barbouillent Rhiannon de sang animal et l'accusent de l'avoir tué et dévoré. Sans se défendre, Rhiannon accepte la pénitence qu'on lui inflige : s'asseoir chaque jour près du bloc à chevaux à l'entrée de la cour, raconter son prétendu crime à tout visiteur, et lui proposer de le porter sur son dos jusqu'au palais comme le ferait une monture. Elle endure cette humiliation pendant plusieurs années, jusqu'à ce que l'enfant, recueilli et élevé par le seigneur Teyrnon qui l'avait trouvé, soit reconnu et lui soit rendu1.
« Elle devra rester assise chaque jour près du bloc, hors de la porte de la cour [...] et raconter cette histoire à quiconque viendra, en offrant de le porter sur son dos jusqu'à la cour. »
D'après la Première Branche du Mabinogi, tradition manuscrite galloise médiévale.
La captivité de la Troisième Branche Tradition médiévale
Devenue veuve de Pwyll, Rhiannon épouse Manawyddan, frère de Brân. Un enchantement frappe alors le Dyfed d'une brume qui fait disparaître toute présence humaine et animale hormis Manawyddan, Rhiannon et leurs enfants. Rhiannon et son fils Pryderi, s'approchant d'un caillou et d'un bassin d'or merveilleux apparus sur le tertre d'Arberth, se retrouvent à leur tour capturés et rendus invisibles, prisonniers d'un royaume enchanté. Manawyddan finit par démasquer et contraindre le magicien responsable, Llwyd fab Cil Coed, qui libère Rhiannon, Pryderi et le Dyfed du sortilège2.
Un rapprochement débattu avec Épona Analyse
Le nom de Rhiannon est généralement rattaché à une forme brittonique reconstituée *Rigantona, « la grande reine ». L'omniprésence du cheval dans son récit — apparition équestre, pénitence où elle mime une monture — a conduit plusieurs celtisants à la rapprocher de la déesse gauloise et gallo-romaine Épona, elle-même associée aux chevaux. Le lien direct entre les deux figures reste toutefois hypothétique : aucun texte ne les identifie explicitement, et la prudence s'impose face à une comparaison fondée sur un symbole partagé plutôt que sur une continuité attestée3.