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Langue & Ogham · Symbolisme

L'alphabet des arbres

Chaque lettre de l'ogham porte le nom d'un arbre ou d'une plante. Cette nomenclature a inspiré le concept d'un « alphabet des arbres » porteur d'un symbolisme cosmologique. La réalité historique est plus prosaïque que ne le suggèrent les reconstructions modernes.

Relu par le comité éditorialPublié le 9 juillet 2026Lecture ≈ 7 min

Les noms des lettres Tradition médiévale

Le traité Auraicept na n-Éces (« Manuel du savant »), compilé à partir du VIIe siècle, donne à chaque lettre oghamique un nom d'arbre : beith (bouleau), luis (sorbier), fearn (aulne), saille (saule), nion (frêne), etc. Cette liste est connue sous le nom de Bríatharogam (« mot-ogham »), et constitue un aide-mémoire mnémotechnique1.

Page de manuscrit médiéval couverte de lignes d'ogham et de diagrammes circulaires et carrés
Une page de l'Auraicept na n-Éces dans le Book of Ballymote (XIVᵉ siècle), avec ses tables de variantes oghamiques. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Certaines correspondances sont claires : beith est bien le bouleau, dair est le chêne. D'autres sont incertaines ou discutées : huath pourrait être l'aubépine ou la peur (úath), muinn la vigne ou le cou. La liste n'est pas uniforme dans tous les manuscrits.

La thèse de Robert Graves Postérité moderne

C'est surtout Robert Graves, dans The White Goddess (1948), qui popularisa l'idée d'un « alphabet des arbres » druidique lié à un calendrier lunaire de treize mois. Graves attribuait à chaque arbre un mois et un symbolisme mythique, créant un système séduisant mais sans fondement historique solide2.

La celtologie universitaire a largement réfuté la construction de Graves. Les noms d'arbres sont des étiquettes mnémotechniques, pas les éléments d'un calendrier cosmique. Le calendrier gaulois authentique — celui de Coligny — fonctionne sur un principe entièrement différent. Néanmoins, le « calendrier des arbres » reste populaire dans les milieux néo-druidiques.

L'arbre dans la culture celtique Analyse

Si la construction de Graves est spéculative, la sacralité de l'arbre chez les Celtes est bien attestée. Les textes irlandais mentionnent des arbres sacrés (bile) protégeant des lieux royaux. César et Pline attestent le culte des bois sacrés (nemeton). Le chêne occupe une place éminente dans les descriptions de Pline et de Maxime de Tyr3.

Les lois irlandaises attribuent une valeur juridique aux arbres, classés en catégories (airig fedo, « nobles du bois ») avec des amendes différentes selon leur rang. Le chêne, le noisetier, le houx, l'if, le frêne, le pin et le pommier forment la catégorie supérieure4.

Notes & références

  1. Auraicept na n-Éces, éd. George Calder, Edinburgh, 1917.
  2. Robert Graves, The White Goddess, London, Faber, 1948. Critique : Damian McManus, A Guide to Ogam, 1991.
  3. Pline, Histoire naturelle, XVI, 95 ; Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8.
  4. Fergus Kelly, « The Old Irish Tree-List », Celtica, 11, 1976.

Méthode & prudence

Chaque section porte une étiquette indiquant la nature de ses sources.

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