Myrddin, le fou du bois Tradition médiévale
Les poèmes gallois les plus anciens (XIIe siècle) mentionnent Myrddin Wyllt (Myrddin le Sauvage), un barde devenu fou après la bataille d'Arfderydd (vers 573) et réfugié dans la forêt de Celyddon (Calédonie). Vivant parmi les arbres et les animaux, doué de prophétie, il incarne l'archétype du « fou du bois » (geilt), personnage présent aussi dans la tradition irlandaise sous le nom de Suibhne Geilt1.
Geoffroy de Monmouth Tradition médiévale
Geoffroy de Monmouth, dans son Historia Regum Britanniae (vers 1136), fusionne deux traditions : celle de Myrddin le fou prophète et celle d'Ambrosius, enfant prophétique mentionné par Nennius. Il crée ainsi le personnage de Merlinus Ambrosius, devin et conseiller des rois, qui prédit la venue d'Arthur et organise la construction de Stonehenge en faisant transporter les pierres d'Irlande par magie2.
Geoffroy changea le nom Myrddin en Merlinus pour éviter l'association avec le mot français merde (Merdinus aurait été malheureux).
Merlin est-il un druide ? Analyse
Merlin partage plusieurs traits avec le druide des sources antiques et irlandaises : la prophétie, le conseil au roi, la maîtrise de la nature, la connaissance des astres et de la magie. Sa retraite dans la forêt rappelle les bois sacrés des druides. Cependant, Merlin est un personnage littéraire médiéval, plusieurs siècles plus tard que les druides historiques3.
La transformation de Merlin — du fou prophète gallois au sage enchanteur de la légende arthurienne — illustre comment la mémoire du druide a évolué dans l'imaginaire occidental, passant du sacerdoce antique à la figure du magicien romanesque.
Le Merlin moderne Postérité moderne
Merlin est devenu l'un des personnages les plus populaires de la culture occidentale. Du Lancelot en prose au film de Disney, en passant par Tennyson et T. H. White, chaque époque a réinventé sa figure. Le néo-druidisme le revendique comme un archétype du druide, ce qui n'est pas sans anachronisme4.
Notes & références
- A. O. H. Jarman, « The Welsh Myrddin Poems », dans R. S. Loomis (éd.), Arthurian Literature in the Middle Ages, Oxford, 1959. ↩
- Geoffroy de Monmouth, Historia Regum Britanniae, éd. Neil Wright, Cambridge, 1985. ↩
- Jean Markale, Merlin l'enchanteur, Paris, Retz, 1981. [RÉF. À VÉRIFIER — perspective parfois contestée] ↩
- Nikolai Tolstoy, The Quest for Merlin, London, Hamish Hamilton, 1985. ↩