Naissance et la ruse de Brú na Bóinne Tradition médiévale
Le récit qui ouvre le Tochmarc Étaíne (« Courtise d'Étaín ») raconte comment le Dagda s'unit à Bóand, déesse de la rivière Boyne et épouse d'Elcmar, gardien du tertre de Brú na Bóinne. Pour dissimuler la liaison, le Dagda fait « s'arrêter » le soleil pendant neuf mois, si bien qu'Óengus est conçu et mis au monde en un seul jour — d'où son épithète, « le jeune fils ». Devenu adulte, Óengus demande à Elcmar de lui céder Brú na Bóinne pour « un jour et une nuit » : en irlandais ancien, cette formule désigne aussi bien une durée précise que la totalité du temps. Elcmar, trompé par l'ambiguïté, ne récupère jamais son domaine1.
Le Songe d'Óengus et Caer Ibormeith Tradition médiévale
L'Aislinge Óenguso (« Songe d'Óengus ») raconte comment le dieu voit en rêve, une année durant, une jeune femme d'une grande beauté et en tombe si gravement malade d'amour que le Dagda et Bóand doivent la faire rechercher dans tout le pays. Elle est identifiée comme Caer Ibormeith, qui vit chaque année alternativement sous forme de femme et sous forme de cygne. Pour pouvoir l'approcher au moment où elle porte sa forme d'oiseau, à Samain, Óengus se change lui-même en cygne ; les deux volent ensemble jusqu'à Brú na Bóinne en chantant une musique si douce qu'elle endort ceux qui l'entendent pendant trois jours et trois nuits1.
« Donne-moi ma demande — que je reste ici un jour et une nuit. » Elcmar y consentit. […] Or, ce sont le jour et la nuit qui composent le monde entier ; c'est ainsi qu'Óengus prit possession de Brú na Bóinne. »
D'après le Tochmarc Étaíne, tradition manuscrite irlandaise médiévale.
Brú na Bóinne : un dieu et un lieu réel Analyse
Brú na Bóinne n'est pas un simple décor légendaire : c'est le grand tertre mégalithique de Newgrange, dans la vallée de la Boyne en Irlande, construit vers 3200 av. J.-C., bien avant l'arrivée des Celtes dans les îles Britanniques2. Les textes mythologiques associent ce site — comme les tertres voisins de Knowth et Dowth — à une succession de résidences divines : d'abord le Dagda, père d'Óengus, puis Óengus lui-même après la ruse racontée plus haut. Cette continuité entre un monument réel, daté avec précision par l'archéologie, et un récit mythologique transmis des siècles plus tard illustre bien la manière dont la tradition irlandaise a « relu » un paysage préceltique à travers ses propres dieux2.
Notes & références
- Jeffrey Gantz (trad.), Early Irish Myths and Sagas, Londres, Penguin Classics, 1981 — contient les traductions du Tochmarc Étaíne (« The Wooing of Étaín ») et de l'Aislinge Óenguso (« The Dream of Óengus »). ↩
- Michael J. O'Kelly, Newgrange: Archaeology, Art and Legend, Londres, Thames and Hudson, 1982. ↩