Le dieu de la mer et de l'Autre Monde Tradition médiévale
Dans la littérature irlandaise médiévale, Manannán règne sur la mer et sur les royaumes situés au-delà d'elle : Tír Tairngire (« la Terre de Promesse ») et Emain Ablach (« l'Emain des pommiers »), îles merveilleuses où ni la maladie ni la vieillesse n'ont cours. Il n'habite pas les síde (tertres) comme les autres Tuatha Dé Danann, mais un domaine insulaire distinct, ce qui en fait une figure de seuil : c'est souvent lui qui accueille les mortels admis dans l'Autre Monde ou qui vient à leur rencontre sur le rivage1.
Les objets merveilleux Tradition médiévale
Manannán possède un attirail qui le distingue nettement des autres dieux du panthéon. Son bateau, Scuabtuinne (« Balai des vagues »), navigue sans voile ni rame, obéissant à la seule pensée de son maître. Son cheval, Aonbharr, galope indifféremment sur la mer et sur la terre ferme sans jamais s'enfoncer. Il possède surtout un manteau magique, le féth fíada (« brouillard des artisans »), qui rend invisible celui qui le porte : selon certains récits, c'est Manannán qui l'accorde aux autres Tuatha Dé Danann après leur défaite face aux fils de Míl, leur permettant de se retirer dans les tertres à l'abri des regards1.
Dans le récit du Voyage de Bran, alors que Bran mac Febail navigue vers l'Autre Monde, Manannán apparaît sur son char, roulant à la surface des flots comme sur une plaine, et lui annonce la naissance prochaine de son fils Mongán, qu'il engendrera lui-même sous une forme mortelle.
D'après Kuno Meyer (éd. et trad.), The Voyage of Bran — traduction académique de référence, 1895.
Cormac dans la Terre de Promesse Tradition médiévale
Un autre récit met en scène Manannán auprès du roi Cormac mac Airt : déguisé en guerrier, il échange contre l'épouse et les enfants de Cormac une branche magique dont les pommes d'or produisent une musique endormant la douleur, avant de conduire le roi jusqu'à Tír Tairngire. Là, il lui offre une coupe d'or qui se brise si l'on prononce trois mensonges devant elle et se répare si l'on dit trois vérités — un objet-épreuve qui associe la royauté légitime à la vérité, thème récurrent de la pensée politique irlandaise ancienne1.
Le nom de l'île de Man Analyse
La tradition irlandaise et manxoise elle-même rattache le nom de l'île de Man à Manannán, qui en aurait été le premier roi mythique, enveloppant l'île de brume pour la protéger des envahisseurs. Les linguistes modernes restent partagés sur l'étymologie exacte du toponyme, qui pourrait aussi bien avoir précédé le théonyme que lui avoir donné naissance ; la question reste débattue dans les études celtiques contemporaines2.