Un nom à double sens Linguistique
Le nom an Dagda se traduit généralement par « le bon dieu ». Les celtisants précisent toutefois que « bon » (irlandais ancien dagh-) doit s'entendre au sens de « compétent en tout », et non d'une bonté morale : le Dagda excelle dans tous les domaines — magie, combat, agriculture, artisanat — plutôt qu'il n'incarne une vertu1.
Le chaudron, la massue et la harpe Tradition médiévale
Trois objets magiques définissent le Dagda. Son chaudron, le coire ansic (« chaudron non sec »), l'un des quatre talismans apportés d'outre-mer par les Tuatha Dé Danann, ne se vide jamais et rassasie quiconque y puise. Sa massue frappe d'un côté pour tuer et ressuscite d'un coup de l'autre extrémité. Sa harpe, nommée Uaithne, obéit à sa seule voix : dans le récit de la seconde bataille de Mag Tuired, elle est dérobée par les Fomoréens, et le Dagda doit l'appeler par son nom pour qu'elle vole jusqu'à lui, tuant au passage neuf hommes de son poids. Il en joue ensuite trois airs qui commandent les émotions de l'assemblée : le chant du deuil, le chant du rire, et le chant du sommeil2.
L'union avec la Morrígan Tradition médiévale
Le même récit de la seconde bataille de Mag Tuired rapporte que le Dagda s'unit à la Morrígan, déesse de la guerre, sur les rives de la rivière Unius, la veille de Samain. En échange de cette union, la Morrígan promet son aide magique contre les Fomoréens. Cette scène, où se mêlent sexualité, alliance guerrière et temporalité calendaire, illustre la façon dont la mythologie irlandaise noue étroitement le sacré, le pouvoir et la fête saisonnière2.
Le même texte prête au Dagda un épisode plus trivial et souvent commenté : contraint par les Fomoréens d'avaler un gigantesque chaudron de bouillie sous peine de mort, il s'exécute entièrement, révélant un registre comique et grotesque peu habituel chez un dieu souverain — trait que les chercheurs interprètent parfois comme une marque d'ancienneté du récit, échappée à une réécriture christianisante plus polie.
Un dieu-père, une fonction agraire Analyse
Le Dagda occupe, au sein des Tuatha Dé Danann, une position de druide et de père fondateur davantage que de roi régnant — cette fonction revient à Nuada. Son chaudron inépuisable et sa massue à double pouvoir (mort et résurrection) l'associent à un registre agraire et souverain assez large pour que certains chercheurs proposent, avec prudence, un rapprochement typologique avec le dieu gaulois Sucellus, « au bon frappeur », lui aussi représenté avec un maillet. Ce rapprochement reste une hypothèse comparatiste et non une identité démontrée entre les deux figures.