Le père nourricier de Lleu Tradition médiévale
Après la naissance calamiteuse de Lleu, que sa mère Arianrhod a mis au monde sans le vouloir en échouant à l'épreuve de virginité imposée par Math, c'est Gwydion, oncle de l'enfant, qui le recueille, l'enveloppe et le voit grandir à une vitesse surnaturelle. Furieuse d'avoir été exposée, Arianrhod jette sur son fils trois malédictions successives : qu'il n'ait jamais de nom, sauf si elle le lui donne elle-même ; qu'il ne porte jamais d'armes, sauf si elle l'arme elle-même ; et qu'il n'ait jamais d'épouse issue d'un peuple existant sur terre1.
Les ruses du nom et des armes Tradition médiévale
Gwydion déjoue les deux premières malédictions par la ruse. Déguisé en cordonnier avec l'enfant, il attire Arianrhod à sa boutique ; lorsqu'un roitelet (petit oiseau) se pose sur le bateau, l'enfant l'atteint d'un tir si habile qu'Arianrhod s'exclame, sans le vouloir, que le garçon a « une main sûre » (Lleu Llaw Gyffes) — lui donnant ainsi son nom sans le savoir. Peu après, Gwydion et Lleu, déguisés en bardes venus demander l'hospitalité au château d'Arianrhod, provoquent par magie l'illusion d'une attaque ennemie ; affolée, Arianrhod arme elle-même Lleu pour la défense du château, accomplissant ainsi la deuxième condition qu'elle avait pourtant fixée pour l'en priver1.
« Vraiment, à main sûre le blond le tue ! » s'écria Arianrhod en voyant le tir du roitelet. « Il aura donc pour nom Lleu Llaw Gyffes », répondit Gwydion, « puisque tu viens toi-même de le nommer ainsi. »
D'après la Quatrième Branche du Mabinogi (« Math vab Mathonwy »), tradition manuscrite galloise médiévale.
Blodeuedd et la métamorphose en aigle Tradition médiévale
Pour contourner la troisième malédiction — l'interdiction d'épouser une femme d'un peuple existant sur terre —, Gwydion et Math façonnent ensemble, par magie, une épouse pour Lleu à partir de fleurs de chêne, de genêt et de reine-des-prés : Blodeuedd, « visage-de-fleurs ». Celle-ci trahit ensuite Lleu avec un seigneur voisin, Gronw Pebr, et l'un et l'autre tentent de le tuer selon les conditions précises — presque impossibles à réunir — que seule une magie particulière peut satisfaire. Blessé, Lleu se change en aigle et disparaît. Gwydion le retrouve en suivant une truie qui se nourrit, chaque jour, des chairs pourrissantes tombant d'un arbre : il y découvre l'aigle, le fait redescendre par un chant magique, lui rend forme humaine et le soigne, avant de transformer Blodeuedd en chouette en châtiment de sa trahison2.
Un parallèle avec Lug Comparaison
Les celtisants rapprochent depuis longtemps Gwydion du dieu irlandais Lug : magicien polyvalent, conteur, artisan de ruses décisives, il partage avec lui un rôle de protecteur habile plutôt que de simple guerrier. Le nom même de Lleu, son protégé, est généralement rapproché de celui de Lug — un indice supplémentaire d'un fond mythologique brittonique commun aux deux traditions insulaires, antérieur à leur séparation3.