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Croyances · Panthéon gaulois

Épona

Épona, la déesse-jument, est un cas unique dans le panthéon gaulois : loin de rester une divinité locale mal connue, elle a été officiellement adoptée par l'État romain, au point de recevoir un culte jusque dans les casernes de cavalerie de Rome elle-même.

Relu par le comité éditorial Publié le 10 juillet 2026 Lecture ≈ 8 min

Étymologie : la Grande Jument Linguistique

Le nom Épona se forme sur le gaulois epos, « cheval », auquel s'ajoute le suffixe -ona, marqueur fréquent de théonymes féminins protecteurs (comparer Matrona, Sirona). Le nom peut se traduire par « la Grande Jument » ou « celle qui a des chevaux »1.

Stèle sculptée d'une déesse assise entre deux chevaux qui tournent la tête vers elle
Épona entre deux chevaux, relief du Römermuseum de Schwarzenacker (Allemagne). Photo : Dguendel, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

La racine est panceltique : le gaulois epos répond au vieil irlandais ech et au latin equus, issus d'un même mot indo-européen désignant le cheval, et elle est très productive dans l'onomastique gauloise, où abondent noms de personnes et de peuples formés sur le cheval. Qu'une déesse porte ce nom n'a rien d'étonnant dans une société où, comme le montre César à propos de la cavalerie gauloise et comme le confirment les tombes à char de l'âge du Fer, le cheval était à la fois instrument de guerre et marqueur de rang aristocratique.

Une divinité exceptionnellement attestée Épigraphie

Épona est, avec Teutatès, l'une des divinités gauloises les mieux documentées par l'épigraphie : plusieurs centaines d'inscriptions et de dédicaces la mentionnent à travers la Gaule, la Germanie et la Bretagne insulaire, mais aussi jusqu'à Rome2. Ce succès est exceptionnel pour une divinité d'origine celtique : la plupart des dieux gaulois restent confinés à leur région d'origine, alors qu'Épona a été intégrée au calendrier religieux officiel de l'armée romaine — le Feriale Duranum, calendrier des fêtes militaires découvert à Doura-Europos en Syrie, lui réserve une date, le 18 décembre. À Rome même, des dédicaces émanant de la garde à cheval des empereurs, les equites singulares Augusti, la nomment parmi les divinités protectrices de la cavalerie — signe qu'elle avait été pleinement intégrée à la religion militaire officielle, et non simplement tolérée comme un culte exotique de soldats provinciaux.

Épona chez les auteurs latins Source antique

Fait rarissime pour une divinité gauloise, Épona apparaît nommément dans la littérature latine. Juvénal raille les jeunes aristocrates romains qui traînent dans les écuries et jurent « par Épona », dont l'image peinte orne les râteliers malodorants ; le polémiste chrétien Minucius Felix, deux ou trois générations plus tard, moque encore les païens qui honorent la déesse parmi leurs bêtes de somme3. Le témoignage le plus vivant est celui d'Apulée : dans les Métamorphoses, le héros Lucius, transformé en âne, aperçoit dans l'écurie une statuette d'Épona posée dans une niche du pilier central, soigneusement ornée de roses fraîches4.

Ces trois textes concordent sur un point : au IIe siècle de notre ère, Épona était chez elle dans les écuries de tout l'Empire, au point de servir aux satiristes d'emblème du monde des palefreniers. Aucun n'en fait une grande déesse publique — son domaine reste l'étable, l'attelage, la monture — mais aucune autre divinité celtique n'a laissé pareille trace dans les lettres latines.

Iconographie Source antique

Les représentations d'Épona la montrent le plus souvent assise en amazone sur un cheval, ou trônant entre deux ou plusieurs chevaux (parfois des poulains), tenant une corne d'abondance, une patère ou des épis de blé — attributs qui l'associent à la fertilité et à la prospérité autant qu'aux chevaux eux-mêmes5.

La recherche distingue classiquement deux grands types : le type « cavalier », dominant en Gaule, où la déesse monte en amazone une jument allant au pas, et le type « impérial » ou « en majesté », plus fréquent dans les provinces danubiennes, où elle trône de face entre deux chevaux ou plus qui tournent la tête vers elle — c'est ce second type qu'illustre le relief de Schwarzenacker reproduit ci-contre6. Quelques reliefs lui prêtent en outre une clé, détail qui a nourri l'hypothèse d'une Épona guide des âmes, accompagnant les défunts vers l'au-delà comme elle accompagne les voyageurs ; l'interprétation, séduisante, reste débattue faute de texte pour la confirmer.

Un culte porté par la cavalerie Analyse

Le culte d'Épona était particulièrement populaire parmi les cavaliers, les palefreniers et le personnel des écuries de l'armée romaine, qui diffusèrent son culte bien au-delà des frontières gauloises à mesure que les troupes se déplaçaient dans l'Empire. Des niches et autels lui étant dédiés ont été retrouvés à proximité d'écuries militaires, confirmant ce lien étroit entre la déesse et le monde équestre professionnel plutôt qu'un culte agraire diffus dans l'ensemble de la population. La géographie des dédicaces a son éloquence : elles se concentrent dans l'est de la Gaule et les provinces rhénanes et danubiennes — les régions de garnison —, bien plus que dans l'ouest gaulois. Hors de l'armée, la déesse restait présente partout où l'on vivait du cheval et de la route : les témoignages littéraires la situent dans les écuries ordinaires, celles des voituriers, des muletiers et des auberges, et c'est sans doute ce réseau des gens du voyage, autant que les garnisons, qui a porté son culte d'un bout à l'autre de l'Empire.

Épona et les déesses insulaires Analyse

La déesse-jument gauloise a souvent été rapprochée de figures des littératures celtiques médiévales : Rhiannon, la cavalière inaccessible du Mabinogi gallois, condamnée à porter les visiteurs sur son dos comme une bête de somme, et Macha, la femme surnaturelle irlandaise contrainte de courir contre les chevaux du roi d'Ulster. Ces rapprochements suggèrent à certains chercheurs une ancienne divinité équestre commune au monde celtique ; mais aucun texte ne relie directement Épona aux personnages insulaires, écrits près d'un millénaire après les dédicaces gauloises, et l'hypothèse reste débattue. Voir aussi Déesses-mères et souveraineté sur le lien entre la jument, la terre et la légitimité royale.

Notes & références

  1. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, Errance, 2003, s.v. epos.
  2. Fernand Benoit, Les mythes de l'outre-tombe. Le cavalier à l'anguipède et l'écuyère Épona, Bruxelles, coll. « Latomus » III, 1950.
  3. Juvénal, Satires, VIII, 155–157 ; Minucius Felix, Octavius, 28.
  4. Apulée, Métamorphoses, III, 27.
  5. Miranda Green, Symbol and Image in Celtic Religious Art, Londres, Routledge, 1989.
  6. René Magnen et Émile Thévenot, Épona, déesse gauloise des chevaux, protectrice des cavaliers, Bordeaux, Delmas, 1953.

Méthode & prudence

Le succès exceptionnel d'Épona dans l'épigraphie romaine ne doit pas faire oublier que la plupart des dieux gaulois restent, eux, très mal attestés.

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Épona n'est qu'une des divinités connues du panthéon gaulois, largement reconstitué à partir de sources fragmentaires.

Panthéon gaulois